
Jean-Louis Jossic, 60 printemps, produit pur beurre made in Naoned, a inscrit la zénitude dans ses gènes et balise sa route, entre conseils municipaux et concerts de son groupe fétiche, les Tri
Yann.
Il vient tout juste de remplacer Yannick Guin au poste d'adjoint à la culture, après avoir oeuvré avec lui durant 19 ans comme conseiller municipal chargé du patrimoine.
Succéder à Yannick Guin, c'est facile ?
Je pense qu'il y aura une différence de comportement et de caractère. Yannick Guin est un universitaire très analyste de la culture sous tous ses aspects.
« Je me définis commeun saltimbanque »
Je suis le contraire d'un universitaire. Je me définis comme un saltimbanque, parfois sur la route, qui chante de ville en ville.
Je suis plutôt intuitif, je marche à l'émotion plutôt qu'à l'analyse. Le fond ne va pas changer, il va y avoir un changement dans la forme.
Pourquoi avoir accepté ce poste ?
Quand le maire vous fait confiance, ça ne se refuse pas ! Yannick Guin m'en avait parlé à la mi-octobre mais Jean-Marc Ayrault me l'a annoncé la veille du premier conseil municipal. Prendre
le relais de ce qui fait bouger Nantes, franchement, c'est passionnant et inquiétant.
« Je me sens mûret j'y crois à fond »
Je n'ai pas le syndrome Yannick Guin, ministre de la culture à Nantes. J'ai travaillé avec lui 19 ans et j'ai beaucoup appris, je me sens mûr et j'y crois à fond. En tant qu'artiste, d'avoir plus
de poids décisionnel avec les artistes, c'est important.
Être un artiste, c'est un plus pour occuper ce poste ?
Il faut aimer l'art et les artistes pour ce poste. Tout ce qui bouscule l'humanité, ce sont les grandes oeuvres. Les artistes ne sont pas des robots mais des êtres humains, plein d'émotions et
qui ont envie de les transmettre. On ne peut pas aimer l'art si on ne comprend pas la fêlure, la fragilité. Je crois à ça, je tiens à continuer à vivre avec eux, à les écouter, à les soutenir.
J'aime la troisième mi-temps, la rencontre en coulisses avec les artistes, aller boire et manger avec eux. Je ressens ça avec quelqu'un comme Jean-Luc Courcoult (Royal de Luxe). Il a besoin de
cette convivialité, de cette chaleur du coeur. On ne peut pas être froidement adjoint à la culture derrière un bureau, sans jamais descendre dans l'arène.
Adjoint à la culture à Nantes, c'est beaucoup de responsabilités ?
C'est effrayant ! Tout le monde veut être reçu. Pour le moment, je réponds que je viens de m'installer, je ne vais pas recevoir chacun dans les huit jours. J'accueille les demandes, mon
équipe dégrossit le dossier et me prépare l'entrevue. Ce qui me fait plaisir, c'est l'accueil que je reçois des gens dans tous les milieux, aussi bien par les passionnés de musique baroque que
par ceux qui s'intéressent à l'art contemporain. J'y suis très sensible, touché, attentif.
La culture à Nantes, c'est désormais vous ?
C'est celle de l'ensemble du conseil municipal. L'adjoint à la culture ne fait pas la culture, le maire reste le patron. Il faut d'abord un bon maire qui s'intéresse à la culture. La chance que
l'on a à Nantes, c'est que le maire a compris que la culture était l'épanouissement de tous, c'est le centre de la vie.
« Il faut rester en éveil, être une éponge »
Il faut continuer ce qui a été fait et ajouter ma façon de faire
En 19 ans, beaucoup de choses ont changé, du nouveau cirque au hip-hop. Il faut rester en éveil, tout va encore changer dans les six ans, il faut
être une éponge, s'imprégner sans arrêt de l'innovation.
En tant qu'élu, quel est votre rôle ?
Mon rôle, c'est avant tout de faire en sorte que la transmission de savoir se fasse. On a besoin d'autres structures que le Conservatoire, d'un enseignement qui se passe dans tous les quartiers
de Nantes. Nous avons développé les pratiques musicales amateurs avec Musica Nantes. Il s'agit de démocratiser l'entrée au CNR et soutenir et faire connaître les nombreuses associations de
pratique musicale collective (chorales, groupes). En projet, nous allons lancer Théâtra Nantes et Dansa Nantes, sur la base de Musica Nantes.
La culture, c'est juste la transmission ?
Et la transgression. La culture n'existe que si on fait des choses que personne n'a osé faire, toute cette partie « strange », peu habituelle. J'aime tout le côté festif, un peu
iconoclaste, tels les combats de catcheurs à moustaches ou encore Royal de Luxe quand ils font rôtir Jeanne d'Arc à la broche sur le parvis de la cathédrale. Je veux passer de la
« culture pour tous » à la « culture de tous ». Tous les Nantais ont le droit à la culture bien sûr, on a notamment en projet un pass famille. La « culture
de tous », c'est de permettre à tous les citoyens de pouvoir s'exprimer, des groupes de quartiers qui travaillent sur l'histoire de la ville aux rappeurs ou rockers qui reprennent Schubert,
grâce à René Martin.
Quels seront les grands chantiers de ce mandat ?
Ils sont déjà lancés, tels que les Machines de l'île de Nantes ou la Fabrique (musiques vivantes avec Trempolino, Mire, Apo 33, Microphone...) dont la livraison est prévue pour
2009.
« La priorité, ce sontles petits tlieux »
Et puis, il y a les archives municipales qui ont besoin de déménager, tout comme l'école d'archi, l'agrandissement du musée des Beaux-arts, la création d'une médiathèque à l'ouest de Nantes au
Breil ou aux Dervallières. Je pense aussi à la réhabilitation d'un petit théâtre fin XIXe de la rue de Bel Air, fermé depuis trente ans.
Vos priorités ?
La priorité des priorités, ce sont les petits lieux. Pour l'instant, on les répertorie, des petits théâtres comme le TNT ou le Cabanier aux cafés-concerts. On voit ce qui existe et on va les
aider.
Quel est justement le devenir des cafés-concerts ?
Des députés, conduits par Jean-Marc Ayrault, vont interpeller le gouvernement.
Un groupe de travail de dix personnes a été constitué avec pour objectif d'adapter une loi au plan national. Au plan local, on réfléchit à des aides
au fonctionnement et à l'isolation phonique pour les cafés concerts.
« Avec la liste Culture (S), on ne s'est pas compris »
Il semblerait que la Région soit aussi prête à y aller. Des réunions de travail techniques sont en cours, aussi bien sur la santé publique, la sécurité que les problèmes financiers.
Avez-vous entamé un dialogue avec « Culture (S) à Nantes » ?
Il n'y a pas eu de dialogue pour le moment. Avec cette liste, je pense que pour une bonne part, on ne s'est pas compris. Il faut qu'on discute un peu ensemble.
On est à l'écoute de tout le monde et comme ils font partie de ce monde nantais, on va les croiser, organiser des sortes de forums à l'automne. Tous
les acteurs de la musique vivante, du théâtre ou de la danse y seront conviés.
S'il fallait choisir entre Tri Yann et vos fonctions d'élus ?
C'est comme si vous me demandiez de choisir entre mon père et ma mère. Ce sont deux passions : un métier passion et un mandat passion.
Vous allez privilégier la musique bretonne ?
Je ne veux pas privilégier mon petit dada. La culture bretonne, c'est d'abord être partout où il n'y a pas que des Bretons.
Aussi bien à la Bouche d'Air qu'au festival Scopitone ou dans les compositions de DJ Blue, qui a créé un nouveau courant : la Breizh'n Bass
(mélange de chants bretons et de drum'n bass).
« Du breton sur les panneaux »
Il faut que la culture bretonne soit reconnue et considérée comme patrimoine.
Chaque année, il y a des avancées. Par exemple, je prônerai un peu plus de bilinguisme sur les panneaux, et pas que pour le château ou la cathédrale
mais aussi pour la Poste ou le jardin des Plantes.
Votre rêve ?
Qu'on invente une fois de plus dans ce mandat une idée d'enfer, comme le festival des Allumées, dont on puisse se dire : on n'y a pas pensé, mais, putain, les Nantais l'ont
fait !
Propos recueillispar Stéphane Pajot
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